LE PETIT REVISIONNISTE

La taupe révisionniste vous salue bien bas depuis les galeries du cyberespace underground! Acharnée dans sa quête d'exactitude, elle secoue les avalanches de propagande sur les responsables de guerre et l'histoire des camps et des tranchées des guerres de 1914-1918 et 1939-1945. Pour empêcher de nouvelles guerres absurdes, débusquons les mensonges de ceux qui campent sur nos libertés (NB: pour naviguer en arrière, cliquer sur le dernier message à droite)

15 Juni 2006

Serge Thion, Une allumette sur la Banquise. Affaire Martin Gray. 30 novembre 1983.

Serge Thion, Une allumette sur la Banquise. Affaire Martin Gray. 30 novembre 1983.

(…) Le film tiré de l'ouvrage de Martin Graywesky, le véritable nom de M. Gray, d'après le Monde, allait sortir. Le Figaro, par la plume de Brigitte Friang ("Parlez, monsieur le Porte-parole", 9 novembre 1983) et le Monde, par celle de Jean-Marc Théolleyre ("Roman et brouillard", 27-28 novembre 1983), reprenaient les graves accusations lancées à la sortie du livre par la presse anglo-saxonne, légèrement moins naive que la nôtre. Le Monde publiait dans cet article une lettre de Vidal-Naquet, et la réponse de Max Gallo. Je donne ici la lettre de Vidal-Naquet, à la suite de laquelle je suis intervenu deux fois dans des conditions que le texte explique:

Il y a quelques années, M. Max Gallo a réécrit (en franglais rewrité) un pseudo-témoignage de M. Martin Gray, qui, exploitant un drame familial, a inventé de toutes pièces un séjour dans un camp d'extermination où il n'a jamais mis les pieds. Dans le Sunday Times, il y a déjà plusieurs années, la journaliste anglaise Gitta Sereny avait démasqué cette imposture, qui fut publiée sous ce titre menteur: Au nom de tous les miens, en mettant en cause personnellement M. Max Gallo. Celui-ci aurait-il voulu rendre service à l'abjecte petite bande de ceux qui nient le grand massacre et qui se sont naturellement rués sur cette trop belle occasion, qu'il n'aurait pas agi autrement.

Ma réponse à Pierre Vidal-Naquet et Max Gallo, envoyée au Monde, n'y parut point:

TREBLINKA OU LA LIBERTE CREATRICE

Je m'honore de faire partie de l'"abjecte petite bande" de ceux qui, non pas comme le dit P. Vidal-Naquet dans sa lettre à Max Gallo, nierait le grand massacre, mais simplement réclament qu'on lui applique les règles ordinaires de la méthode historique. De l'abject à l'object.

"Il n'y a pas de controverse historique possible", écrivait en octobre 1980 l'historien-journaliste Max Gallo dans un article de L'Express où il citait les pièces mêmes d'une controverse en cours. L'article se présentait comme un compte rendu de mon livre et de celui de Wellers, sans qu'il dise un mot du contenu de l'un ni de l'autre. M. Gallo n'aime donc pas la controverse mais il ne peut y échapper. Les douze points de sa réponse à P. Vidal-Naquet, dans le Monde des 27-28 novembre 1983, appellent les commentaires suivants:

1. Il dit avoir recueilli les souvenirs de Martin Gray, survivant du camp de Treblinka. Il semble donc croire que Martin Gray y a séjourné. Il y a toutes les raisons de croire que c'est simplement faux. Martin Gray l'a même reconnu. On a du mal à penser que M. Gallo serait assez naif pour ne pas s'en être rendu compte.

2. M. Gallo a écrit le livre de Martin Gray en utilisant "à la fois [son] métier d'historien et [sa] vocation de romancier". C'est un aveu.

3. Il a cosigné le livre et explique sa méthode, sans dire pourtant que sa vocation de romancier va lui permettre d'inventer des chapitres entiers.

4. Le livre a connu une immense diffusion. Avec cette "méthode", on ne sera pas surpris. Papillon, livre auquel M. Gallo avait aussi prêté son concours, a eu aussi un immense succès. Il se présentait également comme une autobiographie, mais cette fois la signature de M. Gallo n'apparaissait pas. Seuls quelques rares esprits simples ont pu penser que Papillon était une histoire vraie.

5. C'est en Angleterre que la supercherie littéraire a été d'abord dévoilée. Ce n'est pas dans la presse française. Il serait intéressant de se demander pourquoi.

6. Gitta Sereny, qui a été assistante sociale dans les camps allemands dès leur libération, a interviewé, dans sa prison, en Allemagne, Franz Stangl, qui fut commandant du camp de Treblinka. Elle écrit: "This is an area in which commercially-motivated rubbish can have terrible long-term consequences" (C'est un domaine où des cochonneries écrites pour le profit peuvent avoir de terribles conséquences à long terme), New Statesman, 2 novembre 1979.

7. M. Gallo n'a pas reconnu les propos qu'elle lui prêta. Les voici: "M. Gallo informed me coolly that he "needed" a long chapter on Treblinka because the book required something strong for pulling in readers" (M. Gallo me dit froidement qu'il "avait eu besoin" d'un long chapitre sur Treblinka parce que le livre devait avoir quelque chose de fort pour attirer les lecteurs). Elle ajoute qu'après avoir dit en face à Martin Gray qu'il n'avait jamais été à Treblinka, elle s'entendit répondre: "Mais quelle importance?" (But does it matter?) Gitta Sereny a donc recueilli ce double aveu. Elle habite Londres. Il est facile de lui demander les détails de ces intéressants entretiens.

8. Martin Gray aurait, croit M. Gallo, intenté une action en justice. Nous croyons, pour notre part, que ce n'est pas vrai, et que Martin Gray n'oserait jamais le faire. M. Gallo cherche à nous égarer sans trop se risquer lui-même, c'est pourquoi il dit "je crois". On peut toujours s'être trompé.

9. Aucune autre polémique n'aurait été engagée contre Martin Gray: on ne voit pas bien ce que cela prouve. Par ailleurs, M. Gallo, qui a lu mon livre, n'ignore pas que le sien y est qualifié, en 1980, de "faux splendide" (p. 346) en hommage, je le reconnais, à sa "vocation de romancier".

10. M. Robert Faurisson, a "naturellement" repris, mais sans les amplifier, les accusations. C'était si naturel, en effet, que P. Vidal-Naquet, le preux de la lutte contre Faurisson, les reprend à son tour, en les amplifiant, lui, puisqu'il suggère méchamment que Max Gallo aurait voulu rendre service à R. Faurisson. Nous sommes en mesure de préciser que si M. Gallo ne travaille pas pour R. Faurisson, en revanche, P. Vidal-Naquet a beaucoup fait pour la cause révisionniste, comme par exemple obliger M. Gallo à faire cette embarrassante mise au point, et il en fera encore beaucoup d'autres, nous en sommes assurés. Le jour viendra, où il dénoncera aussi les faux témoignages de M. Nyiszli et de F. Muller, publiés, tout comme le Treblinka de Steiner, avec la caution de l'équipe des Temps Modernes.

11. L'idée que le Journal d'Anne Frank est en grande partie une fabrication a été établie d'une manière tellement démonstrative par le professeur Faurisson qu'elle a été admise maintenant par beaucoup de ses détracteurs les plus habituels. Les premiers examens du manuscrit, rendus possibles par le décès de M. Frank, ont immédiatement confirmé le trafic. M. Gallo est en retard d'un TGV.

12. Les images de Treblinka, dans le film d'Enrico, sont, d'après M. Gallo, "d'une force et d'un réalisme jamais égalés", bel hommage du scénariste qui a tenu une plume inventive au réalisateur qui a tenu une caméra imaginative. Je me demande si un tel réalisme n'est pas en train de devenir, lui aussi, socialiste.

M. Gallo a prévu que la présente polémique devait nécessairement avoir lieu. Il dit qu'il en est ainsi avec les "témoignages insoutenables". Insoutenable, en effet. Comment soutenir le témoignage d'un faux témoin? Grave question à laquelle Max Gallo n'a pas répondu. Il a même promis, pour se tirer d'embarras, qu'il n'y répondra plus.

Il reste une question subsidiaire. On est bien obligé de supposer, puisque son nom figure sur le livre et au générique du film, que M. Gallo est matériellement intéressé au succès de l'un et de l'autre. Les ambiguités de sa réponse prennent alors une nouvelle dimension. À cet égard, il sera intéressant de voir si l'on nous impose vraiment, comme il en est question, un feuilleton télévisé de huit heures, toujours tiré du même roman. Nous laisserons à d'autres le soin de juger s'il est acceptable qu'un membre du gouvernement tire un profit matériel de l'exploitation d'un grand et faux spectacle, une mise en scène de la souffrance à un moment particulièrement noir de l'histoire humaine, ceci par le truchement de la télévision d'Etat.

Martin Gray et Max Gallo ne sont ni les premiers ni les seuls à inventer un Treblinka conforme à leurs cauchemars. Ce camp favorise les descriptions imaginaires dans la mesure où il a été désaffecté, abandonné et détruit assez longtemps avant la fin de la guerre. Lorsque les Soviétiques y arrivèrent, il n'y avait plus rien à voir. Il se trouve que l'un des premiers inventeurs est l'une des plus récentes gloires littéraires de Paris, Vassili Grossmann, l'auteur de Vie et destin, décédé en 1964. Nicole Zand, dans sa présentation de l'homme et de l'oeuvre (Le Monde, 23 septembre 1983), mentionne le fait, exact, qu'il était à la fin de la guerre journaliste à la Krasnaia Zvezda, le journal de l'armée soviétique, et le fait, faux-ci celui-ci, qu'il aurait vu les chambres à gaz de Treblinka.

Il n'a pas prétendu les avoir vues (le camp était rasé) mais il dit avoir "enquêté" à Treblinka en 1944 et il a publié sur ce sujet un livre, traduit en français, L'Enfer de Treblinka, étrangement absent de sa bio-bibliographie établie par Nicole Zand, absent aussi de la discussion qui a eu lieu autour de cet auteur à l'émission Apostrophes sur Antenne 2.

On ne sait rien des "témoins" qu'il a interrogés. Il parle de chambres homicides fonctionnant avec deux systèmes différents, les gaz d'échappement d'un moteur et une pompe à vide. Il arrive de plusieurs façons au chiffre faramineux de trois millions de morts pour le seul camp de Treblinka. Bref, c'est la médiocre propagande soviétique de l'époque.

Emmanuel Ringelbum, l'auteur des Chroniques du Ghetto de Varsovie, se fait, durant la guerre, l'écho des rumeurs qui parviennent de Treblinki (qu'il écrit avec un i): "La méthode pour tuer: gaz, vapeur, électricité". Avec le temps qui passe, les pompes à vide, les chambres à vapeur, les piscines électrifiées et autres inventions macabres ont disparu et ne sont plus mentionnées. C'étaient les témoignages de l'époque, ils disaient souvent des absurdités et reflétaient l'immense confusion du moment. Le temps a amené un changement dans la représentation, une décantation, avec l'oubli des plus grossières absurdités, genre Grossman, et construction d'une mythologie de plus en plus raffinée de l'horreur, centrée sur l'usage des gaz. Steiner remarque, à l'avant-dernière page de son livre, que les témoignages recueillis en 1945 par la Commission d'enquête polonaise étaient "sommaires" et que l'Institut Yad Vashem a demandé au cours des années suivantes à certains témoins de reprendre et d'étendre leur témoignage [(20)] Nous avons constaté cela aussi: plus le temps passe, plus le témoignage s'étoffe, au moins dans certains des livres les plus douteux.