LE PETIT REVISIONNISTE

La taupe révisionniste vous salue bien bas depuis les galeries du cyberespace underground! Acharnée dans sa quête d'exactitude, elle secoue les avalanches de propagande sur les responsables de guerre et l'histoire des camps et des tranchées des guerres de 1914-1918 et 1939-1945. Pour empêcher de nouvelles guerres absurdes, débusquons les mensonges de ceux qui campent sur nos libertés (NB: pour naviguer en arrière, cliquer sur le dernier message à droite)

15 Juni 2006

LE JOURNAL D¹ANNE FRANK EST-IL AUTHENTIQUE ? Faurrisson.

Juin 2000

(état au 7 juillet 2000)

LE JOURNAL D¹ANNE FRANK EST-IL AUTHENTIQUE ?

PREFACE DE ROBERT FAURISSON

A LA TRADUCTION ITALIENNE (JUIN 2000)

Cesare Saletta, à qui je suis redevable de la traduction qu¹on va lire, est un esprit distingué. Je le remercie de son travail et c¹est bien volontiers que je réponds à son désir de me voir apporter au lecteur quelques éclaircissements sur le sort qui a été fait à mon analyse du prétendu journal d¹Anne Frank. Cette analyse, je le rappelle, a été rédigée en 1978, transmise alors, dans une traduction allemande, à un tribunal de Hambourg et publiée, deux ans plus tard, dans un ouvrage de Serge Thion ).

En 1980, Pierre Vidal-Naquet : « un texte trafiqué »

En 1980, Pierre Vidal-Naquet, pour lequel je ne suis qu¹un « assassin de la mémoire » (entendez : de la mémoire juive), écri-vait néanmoins :

Il arrive d¹ailleurs à Faurisson d¹avoir raison. J¹ai dit publi-quement et je répète ici, que lorsqu¹il montre que le journal d¹Anne Frank est un texte trafiqué, il n¹a peut-être pas raison dans tous les détails, il a certainement raison en gros et une expertise du tribunal de Hambourg vient de montrer qu¹effectivement ce texte avait été pour le moins remanié après la guerre, puisque utilisant des stylos à bille qui n¹ont fait leur apparition qu¹en 1951. Ceci est net, clair et précis .

Ceux qui connaissent les tergiversations de P. Vidal-Naquet ne seront pas étonnés d¹apprendre que, quelques années plus tard, notre homme allait changer d¹avis.

En 1986, une édition critique : Les Journaux d¹Anne Frank (R.I.O.D.)

En 1986, paraissait à Amsterdam, sous l¹égide du R.I.O.D. (Rijksinstituut voor Oorlogsdocumentatie, Institut néerlandais pour la documentation de guerre) un gros ouvrage à prétention scientifique (la bande annonce portait : édition intégrale des trois versions du journal). On y concluait à l¹authenticité non plus du « journal » mais ­ ô surprise avec ce pluriel ! ­ des « journaux » d¹Anne Frank. Non sans maintes précautions de langage, on y accusait le père de la jeune fille, Otto Heinrich Frank, d¹avoir procédé à des manipulations des textes originaux et d¹avoir menti. À propos des « corrections » et des « coupures » abusives imputées à ce dernier, on y écrivait en propres termes :

Tout cela peut sembler explicable et compréhensible de la part d¹un homme qui ne cherchait qu¹à faire publier, de façon convenable à ses yeux, l¹essentiel (das Wesentlich) de l¹¦uvre pos-thume, du document humain laissé par sa fille. On est toutefois obligé de reconnaître que cette phrase insérée dans l¹épilogue sous la responsabilité d¹Otto Frank : « Sauf quelques passages ne présentant aucun intérêt pour le public, le texte original est publié intégralement », est à tout le moins une forte litote. ­ Jusqu¹à sa mort, Otto Frank s¹en est tenu à cette conviction : « l¹essentiel » avait été publié, ­ point final. Aucune argumen-tation n¹a jamais pu l¹amener à modifier sa position. ­ Au fil des années, l¹importance du journal n¹a cessé de croître et, dans l¹esprit de millions de gens, son caractère d¹¦uvre littéraire s¹est peu à peu effacé devant sa valeur historique de document personnel ; or, durant la même période, Otto Frank, en s¹en tenant à son point de vue initial, s¹est placé lui-même dans une position difficile pour parer les attaques dont le texte était l¹objet .

On me rendait ainsi les armes sur un point capital : j¹avais eu raison d¹incriminer le père Frank et de mettre en cause son obstination à nous cacher la vérité sur ses manipulations. Mais sur un autre point, essentiel, on me donnait tort en prétendant qu¹il avait néanmoins existé toute une série de journaux d¹Anne Frank, tous authentiques.

J¹étais donc en droit d¹attendre à la fois une réfutation de mes arguments sur ce point et une démonstration de l¹authen-ticité de ces journaux. Or, je n¹ai rien trouvé de tel dans cette édition prétendument savante du R.I.O.D.

Opération « poudre aux yeux »

Cette édition « savante » présente les caractères d¹une opéra-tion où l¹on cherche à leurrer par l¹étalage de sa science sur un point donné. En effet, l¹essentiel de la démonstration consiste seulement en une analyse des écritures. À grand renfort de pho-tographies ou de tableaux synoptiques on insiste sur les ressemblances des écritures mais on s¹y montre fort discret sur les dis-semblances qui, même pour un profane, sont si criantes.

Point capital : on ne nous montre pas et on n¹étudie pas les deux spécimens d¹écriture que j¹avais reproduits dans mon expertise (voir la p. 297 du livre de S. Thion). Je veux parler de deux spécimens d¹écriture extraordinairement divergents : l¹écriture cursive « adulte » datée du 12 juin 1942 et l¹écriture script « enfantine » datée, quatre mois plus tard, du 10 octobre 1942 ; à elles seules, les deux signatures « Anne Frank » sont étrangement différentes. C¹était là qu¹il fallait me répondre car là était le c¦ur du problème.

On ne nous fournit aucun spécimen de l¹écriture d¹Isa Cauvern sur la collaboration de laquelle j¹avais émis des soupçons. Pas un instant il n¹est question du manuscrit des Contes qui m¹avait frappé par son écriture de vieux comptable bien rangé. Pourquoi a-t-on mis à la disposition des experts tous les manuscrits attribués à la jeune fille sauf ce manuscrit-là ? Mais surtout les auteurs de cette édition « savante », en insistant à ce point sur l¹étude des écritures, se sont par ce moyen dérobés à ce qui aurait dû être leur tâche essentielle : l¹examen du fond propre-ment dit. Ils auraient dû, en toute priorité, nous fournir la preuve que, contrairement à ce que j¹avais dit, le récit pouvait effectivement refléter une réalité physique ou matérielle. En outre, ils auraient dû montrer que ce récit, sous toutes les formes que nous lui connaissons, reste cohérent et compréhensible, ce qui est loin d¹être le cas. Or, rien de tel. Au début de l¹ouvrage, on essaie bien de se colleter avec les impossibilités physiques ou matérielles que j¹avais signalées mais la tentative tourne court. On n¹esquisse de réplique que sur un point : celui des bruits, parfois tonitruants, faits par huit personnes pendant plus de deux ans, dans un espace réduit censé être inhabité ; même la nuit, alors que « les ennemis » sont absents, il ne faut pas faire le moindre bruit et, si on tousse, on prend de la codéine. Pourtant, dans le grenier, en plein jour, il arrive à Pierre de fendre du bois devant la fenêtre ouverte ! On caricature mon argument sur ce point et on ose me répondre, contre l¹évidence textuelle, que « les ennemis » n¹étaient pas là, à tel moment précis, pour entendre (p. 117-118). Tous mes autres arguments sont passés sous silence. Pour sa part, en 1977, quand je l¹avais mis dans l¹embarras par mes questions bassement matérielles, le père Frank n¹avait rien trouvé de mieux à me répondre que :

Monsieur Faurisson, vous avez théoriquement et scientifiquement raison. Je vous approuve à cent pour centŠ Ce que vous me signalez était, en effet, impossible. Mais, dans la pratique, c¹est pourtant bien ainsi que les choses se sont passées.

À quoi j¹avais répliqué que, s¹il voulait bien convenir avec moi qu¹une porte ne peut pas être, à la fois, ouverte et fermée, il s¹ensuivait qu¹il ne pouvait pas, dans la pratique, avoir vu une telle porte. Or, si j¹ose ainsi m¹exprimer, les portes à la fois ouvertes et fermées, c¹est-à-dire les impossibilités physiques ou matérielles, étaient déjà innombrables dans le journal d¹Anne Frank tel que nous le connaissions à l¹époque. Que dire de la multiplication probable de ces impossibilités dans « les journaux » ?

Un escroc bancaire ?

Il est cependant un endroit de cette édition « savante » que je ne saurais trop recommander à l¹attention des lecteurs. C¹est celui où l¹on nous révèle le passé, plutôt scabreux, avant la guerre d¹Otto Frank et de son frère Herbert. Prenant les devants d¹une possible enquête révisionniste sur le sujet, on nous apprend qu¹en 1923 Otto Frank avait fondé à Francfort une banque à l¹enseigne de « M. Frank et fils ». Les trois principaux responsables de cette banque étaient Herbert et Otto Frank et, ­ détail qui a son importance pour l¹histoire du journal d¹Anne Frank, ­ Johannès Kleiman. Ce dernier figurera dans le livre sous le nom de Koophuis et, après la guerre, il jouera au délateur de « collabos » auprès du « Service [néerlandais] de recherche des délits politiques » (R.I.O.D., p. 43-44), à ne pas confondre avec l¹ « Association de surveillance des délinquants politiques » (ibid., p. 48). Dès avant l¹arrivée de Hitler au pouvoir, ladite banque se trouva impliquée dans des opérations véreuses. Un procès eut lieu où Herbert, le principal responsable, préféra ne pas comparaître. Il prit la fuite et trouva refuge en France. Quant à Otto Frank, les responsables du R.I.O.D. ne nous disent pas clairement ce qu¹il lui advint. On se contente de nous apprendre que les pièces de l¹affaire judiciaire ont disparu et que cette disparition est « tout à fait regrettable » (p. 14). Cette appréciation donne une tournure suspecte à la disparition. En tout cas, s¹il s¹enfuit en 1933 aux Pays-Bas, ce fut peut-être pour échapper à la justice allemande.

Avant de donner dans une certaine forme d¹escroquerie littéraire, le père Frank s¹était-il laissé aller à l¹escroquerie bancaire ? Pendant la guerre, grâce à différents subterfuges et au soutien de ses trois principaux collaborateurs, tous aryens, il avait eu la satisfaction de voir ses deux sociétés faire de l¹argent, y compris avec une antenne de la Dresdner Bank à Amsterdam. On peut dire que, même durant son séjour à l¹hôpital d¹Auschwitz, ses affaires continuaient à Amsterdam grâce à son collaborateur Jan Gies (p. 26-27). Après la guerre, de retour à Amsterdam, il eut maille à partir avec la justice néerlandaise, très sourcilleuse sur la question de la collaboration économique avec l¹Allemagne pendant l¹Occupation, mais un « arrangement », nous dit-on, fut trouvé (p. 70-71).

Des preuves sans valeur et des témoins suspects ?

Les auteurs du R.I.O.D. se montrent cruels avec les preuves et les témoins dont se prévalait le père Frank.

Pour commencer, ils jugent que les trois expertises sur lesquelles se fondait volontiers le père Frank pour affirmer l¹authenticité du journal d¹Anne Frank sont dénuées de valeur (p. 110-112). Rappelons que ces expertises dont j¹avais moi-même démontré l¹inanité avaient pourtant reçu, dans les années soixante, l¹aval de juges allemands qui avaient ainsi pu condamner des personnes qui, avant moi, avaient mis en doute cette prétendue authenticité. Toujours pour les auteurs du R.I.O.D., le livre d¹Ernst Schnabel, Spur eines Kindes, dont le père Frank m¹avait chaudement recommandé la lecture et qui servait égale-ment à la défense de sa thèse, s¹attire le jugement suivant :

Nous avons constaté dans son ouvrage diverses inexactitudes et sommes amenés à émettre des réserves pour toute information tirée de celui-ci (p. 31, note 41).

Quant au témoin no 1 du père Frank, la trop fameuse Miep Gies, c¹est peu de dire que, sur certains points essentiels de son témoignage, elle n¹inspire pas grande confiance aux auteurs du R.I.O.D. ; il en va de même pour Kugler (p. 49-59).

Le fiasco du R.I.O.D.

En définitive, l¹ouvrage est terrible pour Otto Frank ainsi que pour ses experts, ses garants et ses amis. Manifestement la cause du père Frank a été jugée indéfendable. Mais, en coupant les branches mortes pour tenter de sauvegarder l¹arbre, c¹est-à-dire en sacrifiant la réputation du père Frank pour sauver celle du prétendu journal de sa fille, les épurateurs du R.I.O.D. se sont retrouvés devant une sorte de néant. Il n¹en émerge qu¹une contestable « analyse des écritures », d¹autant plus dérisoire, d¹ailleurs, que, quelques années après la publication de leur livre en 1986, d¹autres spécimens de l¹écriture de la fillette sont appa-rus sur le marché des ventes publiques de lettres ou de cartes postales. Ces spécimens, qui me paraissent authentiques, ont rendu caduques les laborieuses analyses des écritures contenues dans l¹ouvrage du R.I.O.D. En tout cas, le travail des experts est maintenant à revoir de fond en comble.

Ajoutons enfin que le gros ouvrage ne contient aucun plan de la maison où, pendant plus de deux ans, auraient vécu les huit clandestins. Les éditions antérieures du journal possédaient un tel plan, que j¹avais commenté et que j¹avais aussi comparé avec l¹état des lieux. J¹en avais tiré argument pour prouver le caractère fictif du récit tout entier. Les auteurs de l¹édition « savante » ont préféré s¹abstenir. C¹est un aveu et c¹est une dérobade de plus.

Bref, sous son étalage de science, l¹édition du R.I.O.D. est un fiasco.

En 1991, une « nouvelle édition courante » (Mirjam Pressler)

À la suite de la publication de cette édition « savante », il fallut bien produire à l¹intention du grand public une édition « courante » afin de remplacer celle que le père Frank avait publiée en 1947. Il devenait, en effet, nécessaire de réparer les dégâts causés par le père abusif et dénoncés par le R.I.O.D. Une certaine Mirjam Pressler fut chargée de la besogne et, en 1991, parut en néerlandais une édition revue (herziene) et augmentée (vermeerderde), présentée comme fondamentalement conforme à ce qu¹avait écrit Anne Frank. L¹édition était qualifiée de « définitive ». En 1992, parut en livre de poche la traduction française, présentée, elle aussi, comme « définitive ».

Une anomalie, pour ne pas dire une tromperie sur la mar-chandise, apparaît dès la page de titre où l¹on a l¹audace d¹écrire : « Texte établi par Otto H. Frank et Mirjam Pressler. » Mort en 1980, le père Frank ne pouvait avoir collaboré avec M. Pressler à une ¦uvre qui, au surplus, était pour lui comme un camouflet posthume. Jamais, je présume, un livre de poche ne s¹est trouvé encombré d¹autant d¹explications confuses dans la page de titre, dans la page de présentation, dans les pages de l¹avant-propos, dans les pages de la « note sur la présente édi-tion » et, enfin, dans la postface. C¹est à y perdre son latin. La gêne est patente. On ne sait visiblement pas comment expliquer au lecteur que ce nouveau journal d¹Anne Frank est, cette fois-ci et pour toujours, l¹authentique journal d¹Anne Frank.

Plus grave encore, on ne nous révèle pas qui est cette Mirjam Pressler, « écrivain et traductrice allemande », et quelle méthode elle a bien pu suivre pour établir ce texte à partir des trois textes de l¹édition « savante ». Comment a-t-elle opéré ses choix ? Pour quelles raisons a-t-elle retenu tel fragment et négligé tel autre ? Ces questions restent sans réponse.

Je ne suis pas le seul à noter de telles anomalies. Même chez les aficionados de la figure mythique d¹Anne Frank il arrive qu¹on dénonce en termes vigoureux cette étrange édition Pressler. Dans Prospect, Nicolas Walter consacre trois colonnes à cette édition, en sa version anglaise, sous le titre à double en-tente de : « Not completely Frank . » Il remarque que l¹espèce d¹amalgame pratiqué entre les trois versions (l¹ancienne et les deux nouvelles) a « pour résultat que toutes sortes de déforma-tions et de divergences subsistent » (with the result that all sorts of distortions and discrepancies remain). Il ajoute :

[Cette quatrième version] est présentée comme « fondamen-talement [Š] ce qu¹Anne Frank avait écrit », ce qui n¹est pas vrai, et elle est décrite comme une « édition définitive », ce qui est inepte.

Il écrit encore que cette version « courante » est certes plus longue d¹un tiers que l¹ancienne version « courante » mais il fait cette remarque :

Elle reste néanmoins un assemblage hétéroclite des [deux pre-mières versions de l¹édition « savante »] et elle est entachée d¹erreurs et d¹omissions ; bien des passages ne sont pas à leur place et plusieurs passages manquent.

Il conclut qu¹après un demi-siècle on en est malheureusement encore à attendre une édition satisfaisante du journal d¹Anne Frank.

La postface d¹Isabelle Rosselin-Bobulesco

La nouvelle édition « courante », dans sa version française

de 1992, comporte une postface signée d¹Isabelle Rosselin-Bobulesco. On y défend évidemment la thèse selon laquelle l¹édition « savante » aurait mis un point final à la controverse sur l¹authenticité du journal d¹Anne Frank, ce qui, comme on le voit, constitue un v¦u pieux. Cependant, je recommanderais la lecture de la partie consacrée à « L¹authenticité du Journal » et, en particulier les p. 348-349 où ma propre position se trouve presque honnêtement esquissée et où l¹on évoque brièvement les raisons pour lesquelles il y avait lieu de douter de cette authenti-cité à cause du comportement du père Frank. Je regrette seule-ment que, du moins dans le fragment que je vais reproduire, ces raisons soient présentées comme s¹il s¹agissait d¹évidences sur lesquelles tout le monde était d¹accord. En réalité, pour l¹essentiel, c¹est mon analyse de 1978 qui avait mis au jour tout ce qu¹on va lire et tout ce qui, à l¹époque, m¹avait valu des attaques dont on peut donc aujourd¹hui constater le caractère diffamatoire. Je laisse ici la parole à I. Rosselin-Bobulesco tout en soulignant certains de ses mots :

À sa mort, Otto Frank légua l¹ensemble des écrits d¹Anne à l¹Institut national néerlandais pour la documentation de guerre, le R.I.O.D. Face aux attaques mettant en cause l¹authenticité du journal, le R.I.O.D. estima qu¹au vu de l¹aspect quasi symbo-lique du Journal et de son intérêt historique, il devenait indis-pensable de dissiper les doutes. On sait que les imprécisions ne manquaient pas. Le journal était écrit sur plusieurs carnets et des feuilles volantes. Anne Frank avait elle-même rédigé deux ver-sions. Il y avait eu plusieurs dactylographies qui ne suivaient pas intégralement le texte original. Des modifications, des ajouts ou des suppressions avaient été apportées par le père. Par ailleurs, des correc-tions avaient été introduites par des personnes auxquelles Otto Frank avait demandé de relire le journal, craignant de ne pas maîtriser suffisamment le néerlandais pour repérer les fautes d¹orthographe et de grammaire de sa fille. En outre, l¹éditeur néerlandais avait lui aussi modifié le texte en retirant certains passages à caractère sexuel jugés à l¹époque trop choquants, ceux où Anne parlait de ses règles par exemple. Les différentes traduc-tions présentaient, quant à elles, des disparités. Dans la traduction allemande apparaissaient des inexactitudes, certains passages avaient été supprimés afin de ne pas offenser le lecteur allemand. La traduction avait été faite à partir d¹un texte dactylographié qui n¹était pas le texte définitif ayant servi de base pour [le livre original en néerlandais]. Dans la traduction américaine, certains passages retirés dans l¹édition néerlandaise avaient été au contraire réinsérés. Plusieurs expertises du texte manuscrit avaient eu lieu, plusieurs procès avaient été engagés, en réponse aux attaques contre le journal. Jamais il ne s¹était dégagé un tableau clair de la situation, même si l¹issue des procédures judiciaires et des investigations donnait raison à Otto Frank.

I. Rosselin-Bobulesco a beau minimiser la réalité des faits et nous présenter l¹affaire sous les couleurs de son choix, il ressort de ce seul passage que j¹étais parfaitement fondé à ne croire ni au texte du prétendu journal d¹Anne Frank, ni aux réponses du père Frank à mes questions.

Ma condamnation, le 9 décembre 1998, à Amsterdam

Pourtant, le 9 décembre 1998, un tribunal d¹Amsterdam trou-vait le moyen de me condamner pour mon analyse du journal d¹Anne Frank. Cette analyse, je l¹avais rédigée vingt ans plus tôt à l¹intention d¹un tribunal allemand et, à partir de 1980, elle avait été publiée en France et dans un certain nombre de pays étrangers sans pour autant me valoir de procès.

Cependant, aux Pays-Bas, il ne fait pas bon porter une main impie sur l¹icône de sainte Anne Frank.

Le téméraire Siegfried Verbeke avait traduit en flamand-néer-landais mon étude de 1978 et l¹avait publiée en 1991 dans une brochure intitulée : « Le ³Journal² d¹Anne Frank : une approche critique » (Het « Dagboek » van Anne Frank : een kritische benade-ring). Pour sa part, S. Verbeke avait fait précéder mon texte d¹une présentation qui était certes de caractère révisionniste mais de ton tout à fait modéré. Portaient alors plainte à notre encontre deux associations : à Amsterdam, la Fondation Anne Frank et, à Bâle, le Fonds Anne Frank. Ces associations sont connues pour se livrer une guerre sans merci autour du cadavre d¹Anne Frank et des dépouilles du père Frank mais là, en présence d¹un danger pour des intérêts financiers identiques, elles avaient décidé de faire front commun. Il faut dire qu¹il s¹est développé un énorme business, une véritable « industrie », comme le dit N. Walter, autour du nom d¹Anne Frank.

Les plaignants faisaient notamment valoir que l¹ouvrage en-traînait pour leurs associations une « publicité négative » et de fâcheuses conséquences financières. Par exemple, la Fondation Anne Frank révélait qu¹il lui fallait dépenser temps et argent pour lutter contre l¹effet nocif de la brochure. Renseignements pris, il semble, en effet, que le personnel de la Maison Anne Frank bénéficie d¹une sorte de formation spéciale afin de mieux répondre aux questions ou aux arguments de certains visiteurs marqués par la lecture de S. Verbeke et de R. Faurisson. La Fondation ajoutait :

En outre, les affirmations de la brochure peuvent à terme diminuer le nombre de visiteurs de la Maison Anne Frank avec, pour conséquence pour la direction de la Maison Anne Frank, de se retrouver dans la gêne.

Dans son jugement de condamnation, le tribunal ne man-quait pas de reprendre à son compte les considérations des plai-gnants sur « la fonction symbolique que s¹est acquise Anne Frank » et sur le caractère décidément pervers des révisionnistes Verbeke et Faurisson. S¹appuyant sur la seule expertise d¹écriture demandée par le R.I.O.D., il décrétait qu¹il était impossible de mettre en doute l¹authenticité de l¹¦uvre attribuée à Anne Frank. Il ajoutait :

Envers les victimes de l¹Holocauste et leurs proches survivants, les déclarations [de S.V. et de R.F.] sont blessantes et inutilement offensantes. Inévitablement il s¹ensuit qu¹elles occasionnent [chez ces survivants] des troubles psychiques ou émotionnels.

J¹avais enfreint la loi sur les droits d¹auteur !

Le point le plus suffocant du jugement était celui où le tri-bunal estimait que j¹avais personnellement enfreint la loi sur les droits d¹auteur en citant de nombreux extraits du journal d¹Anne Frank. Il prononçait, sans en fournir la preuve, que « les citations [des p. 36-39 de la brochure] sont arrachées de manière insensée à leur contexte ». Il s¹agissait là du tout début de mon analyse, c¹est-à-dire des sections que j¹avais numérotées 4-10 et où, par une rafale de très brèves citations, j¹énumérais les mul-tiples impossibilités physiques ou matérielles du récit. Depuis plus de vingt ans j¹en suis encore à attendre une réponse là-dessus. Manifestement, ni le père Frank, ni personne d¹autre n¹a jamais trouvé la réplique. Ce tribunal d¹Amsterdam, lui, a décou-vert sinon la réplique, du moins la parade : pour lui, mes cita-tions ne sont pas à prendre en considération car elles enfreignent, paraît-il, la loi sur les droits d¹auteur.

Dans ma longue expérience des tribunaux, aussi bien en France qu¹à l¹étranger, il m¹a été donné de voir chez les juges bien des lâchetés, des sophismes, des contorsions, des entorses à la vérité et des artifices de toutes sortes mais je crois que ce tribunal d¹Amsterdam, dans son jugement du 9 décembre 1998, a passé les bornes de la décence en me reprochant d¹avoir, dans une analyse textuelle, multiplié les citations. Pas une de ces cita-tions n¹était, au demeurant, détachée de son contexte. Au contraire, avec une méticulosité de tous les instants, j¹avais, me semble-t-il, manifesté le souci d¹observer à la loupe tous les mots du texte proprement dit, puis de bien replacer ces mêmes mots dans leur contexte le plus direct. Mais il est probable que le tribunal entendait le mot de « contexte » dans le sens élastique, qu¹on lui donne trop souvent, de contexte historique, socio-logique, psychologique, etc. Là, bien entendu, il intégrait ses vues personnelles et subjectives de l¹histoire ou de la psychologie d¹une Anne Frank que le tribunal avait conçue selon sa propre imagination et il ne s¹était pas soucié le moins du monde des mots qui, un par un, constituaient une ¦uvre appelée le journal d¹Anne Frank.

Une condamnation avec l¹aide de la police et de la justice françaises

S. Verbeke et R. Faurisson étaient condamnés à payer solidai-rement les lourds dépens du procès et leur ouvrage était désor-mais frappé d¹interdit aux Pays-Bas sous peine d¹une astreinte de 25 000 florins pour chaque exemplaire qui pourrait subsister sur les rayons d¹une librairie.

Ajoutons, pour la petite histoire, que les plaignants avaient le bras long. D¹Amsterdam, ils avaient obtenu la visite de la police française à mon domicile de Vichy, ma convocation au commis-sariat de la ville et des visites d¹huissiers avec mises en demeure et sommations. Le ministre français de la Justice (Service civil de l¹entraide judiciaire internationale) avait, aux frais du contri-buable français, apporté sa collaboration à la police néerlandaise.

Un champ de recherches pour informaticiens

En 1978, je n¹avais pas eu le loisir d¹utiliser les ressources de l¹informatique. Il m¹avait fallu, au prix d¹un laborieux effort, étudier le journal d¹Anne Frank la plume à la main, partir à la recherche de certains mots quelquefois situés à longue distance les uns des autres, « couper-coller » au ciseau et à la colle et compter les mots sur les doigts de la main. D¹où des erreurs de détail que, par la suite, lors de rééditions, j¹ai pu quelquefois corriger. J¹ai conscience de l¹imperfection du résultat atteint à ce jour. Pour l¹avenir, je souhaite que des informaticiens repren-nent mon analyse et la révisent sur ces points.

Avec les quatre volumes (en néerlandais, en allemand, en français et en anglais) publiés par le R.I.O.D., il s¹ouvre à eux un magnifique champ de recherches. Déjà avec les anciennes ver-sions en néerlandais, en allemand (deux versions allemandes !) et en français, j¹avais pu démontrer l¹existence, en quelque sorte, de différentes Anne Frank, inconciliables entre elles, ainsi que l¹existence de récits contradictoires. Aujourd¹hui, avec tant de versions complémentaires, provenant aussi bien du R.I.O.D. que de M. Pressler, des informaticiens auraient la possibilité de démonter, pièce à pièce, encore mieux que je ne l¹avais fait, la falsification littéraire.

Car il en va du journal d¹Anne Frank comme de toute imposture : plus on s¹acharne à la défendre, plus, malgré soi, on fournit d¹arguments à ceux qui dénoncent cette imposture. Autrement dit, on s¹enferre dans le mensonge. Pour ne prendre qu¹un exemple cher aux révisionnistes, le caractère fallacieux du prétendu témoignage de Kurt Gerstein se révèle autant par l¹analyse d¹une seule version de ce témoignage que par l¹étude d¹autres versions contradictoires.

Mais soyons pratiques et, pour commencer par le commencement de ce nouveau travail d¹analyse du journal d¹Anne Frank, je suggère qu¹une équipe d¹informaticiens, dotés d¹une bonne connaissance du néerlandais et de l¹allemand, entreprennent une étude comparative des éléments suivants :

A. En néerlandais, d¹abord la version de 1947 (publiée par le père Frank), puis les versions de 1986 (publiées par le R.I.O.D.) et, enfin, la version de 1991 (publiée par M. Pressler) ;

B. En allemand, les versions correspondantes, étant bien en-tendu que, comme je l¹avais découvert en 1978, il a existé, après la version publiée par Lambert Schneider de 1950, une version légèrement différente, publiée en 1955 par Fischer.

À un stade ultérieur, il sera toujours loisible de procéder également à une analyse des différentes versions en français et en anglais et, pour solde de tout compte, on entreprendra une comparaison de la dizaine d¹Anne Frank qui apparaîtront ainsi au fil de toutes les versions néerlandaises et autres.

Alors seulement, n¹en déplaise aux marchands du temple qui ont abusé de sa mémoire, justice sera-t-elle enfin rendue à l¹unique et à l¹authentique Anne Frank, laquelle n¹a jamais écrit cette « histoire à dormir debout » qu¹est le Journal de Anne Frank (1947-1950) rebaptisé, après reconstruction et ravaudage, Journaux d¹Anne Frank (1986-1989) pour finalement s¹appeler, après ravalement, Journal d¹Anne Frank / Édition définitive (1991-1992).

POST-SCRIPTUM

Aux p. 117-119 de l¹édition du R.I.O.D., David Barnouw émet la prétention de résumer ce qu¹il veut bien appeler mon expertise. Il le fait non sans insinuer que je suis un tricheur.

De tous mes arguments d¹ordre matériel ou physique, il n¹en retient qu¹un seul, celui des bruits intempestifs. Puis, de tous ces bruits, il n¹en retient que trois. Il prétend que, dans les trois cas, j¹ai caché qu¹A. Frank avait précisé que, les « ennemis » n¹étant pas là, ces bruits ne risquaient pas d¹être entendus. Ma réponse est que les « ennemis » proches (par exemple, les deux employés du magasin) n¹étaient peut-être pas là mais les autres « ennemis », en nombre indéfini, pouvaient percevoir ces bruits : ceux de l¹aspirateur, chaque jour à 12 h 30, ainsi que les « éclats de rire interminables » ou encore « un fracas de jugement dernier ». D. Barnouw éprouve la plus grande peine à nous expliquer ces bruits, et une quantité d¹autres bruits, parfois effroyables, dans une habitation où aurait dû régner le silence de la tombe. Aussi, pour s¹épargner tout effort, a-t-il cherché un subterfuge dans des considérations aussi vagues que ténébreuses. Il écrit en effet :

Le journal nous apprend que les habitants de l¹annexe, eux aussi, couraient de nombreux risques, en particulier celui d¹être entendus par d¹autres s¹ils faisaient trop de bruit. Cependant Faurisson n¹a pas cherché à mieux comprendre la situation générale de clandestinité en tant que telle et, dans ce contexte, ne s¹est nullement soucié du fait que la famille Frank et ses compagnons de clandestinité avaient fini par se faire arrêter (p. 117).

D. Barnouw donne là dans un pathos qui lui permet de conclure effrontément : « Il n¹est pas nécessaire, compte tenu de ce qui précède, de soumettre à un examen critique chacun des points mentionnés par Faurisson » (p. 118). Pour ma part, j¹estime que cette dernière remarque prouve bien que les respon-sables du R.I.O.D. n¹ont, de leur propre aveu, pas voulu « soumettre à un examen critique » une partie essentielle de mon expertise, celle concernant les impossibilités physiques ou matérielles du récit.

Il est un autre point où D. Barnouw insinue que je suis malhonnête. À la p. 261 du livre de Serge Thion, j¹avais dit avoir découvert, lors de mon enquête sur les circonstances de l¹arrestation des huit clandestins le 4 août 1944 à Amsterdam, un témoin particulièrement intéressant. J¹écrivais :

Ce témoin [en 1978] nous a adjurés, mon accompagnateur et moi-même, de ne pas divulguer son nom. J¹ai promis de taire son nom. Je ne tiendrai ma promesse qu¹à demi. L¹importance de son témoignage est telle qu¹il me paraît impossible de le pas-ser sous silence. Le nom de ce témoin et son adresse ainsi que le nom de mon accompagnateur et son adresse sont notés sous pli cacheté contenu dans mon annexe no 2 : « Confidentiel » [à remettre au tribunal de Hambourg].

D. Barnouw commence par citer ces lignes non sans supprimer la phrase qui révélait le motif de ma discrétion : le témoin nous avait « adjurés » ­ tel était le mot ­ de ne pas le nommer. Puis, le même D. Barnouw ajoute perfidement :

Une photo de cette enveloppe cachetée est reproduite en annexe de l¹enquête de Faurisson dans la version française de 1980 [celle du livre de S. Thion] ; l¹éditeur de la version néerlandaise a judicieusement renoncé à produire cette pièce à conviction (p. 119).

En d¹autres termes, je me serais joué du lecteur auquel j¹aurais, par cette prétendue ruse, laissé croire que mon enveloppe ne contenait en réalité aucun nom. Pour D. Barnouw, ou bien cette enveloppe n¹avait jamais existé, ou bien elle était vide. La vérité était que j¹avais bel et bien remis au tribunal de Hambourg une enveloppe contenant les noms et adresses de mon témoin et de mon accompagnateur. Aujourd¹hui, à 22 ans de distance, je me crois autorisé à divulguer ces noms, connus du tribunal : il s¹agissait de la veuve de Karl Silberbauer et d¹Ernst Wilmersdorf, tous deux habitant Vienne.

Je saisis l¹occasion de cette mise au point pour révéler aussi les noms des trois universitaires français dont il est dit à la p. 299 du livre de S. Thion qu¹ils approuvaient mon analyse du prétendu journal d¹Anne Frank. Le premier n¹était autre que Michel Le Guern, qui enseignait alors à l¹université Lyon II et qui vient de publier dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » une édition savante des Pensées de Pascal ; on ne saurait imaginer plus haute compétence en matière de critique de texte. Dans la dernière phrase de son attestation, il écrivait en 1978 :

Il est certain que les usages de la communication littéraire autorisent M. Frank, ou n¹importe qui, à construire autant de personnages fictionnels d¹Anne Frank qu¹il en aurait envie, mais à la condition qu¹il ne prétende pas à l¹identité de ces êtres de fiction avec le personnage de sa fille.

Deux autres universitaires s¹apprêtaient à conclure dans le même sens quand soudain éclatait dans la presse, en novembre 1978, l¹ « affaire Faurisson ». Il s¹agissait de deux professeurs de la Sorbonne-Paris IV : Frédéric Deloffre et Jacques Rougeot.

Ces trois universitaires sont aujourd¹hui à la retraite. C¹est la raison pour laquelle j¹ai décidé de révéler leur nom. Je n¹avais, d¹ailleurs, pris à leur endroit aucun engagement de discrétion.